LU DANS MARIANNE DU 22/3/2008
La Librairie de France est née en 1832, en plein centre de New York, au Rocfeller Center. En septembre 2009, elle fermera définitivement ses portes. C'était la
dernière librairie étrangère à New York et la seule librairie française aux Etats Unis. Emmanuel Molho, encore maître des lieux, offre aux visiteurs un fauteuil bancal de cuir noir. Ce fauteuil
est aussi âgé que les locaux du sous-sol aux odeurs de vieux papiers où Molho reçoit. Derrière son bureau, il a l'air épuisé : "La BBC, la télévision anglaise va en faire un film. C'est pourtant
un morceau de France qui meurt...mais la France s'en fout". Il éprouve le même chagrin que les rares initiés qui s'attardent encore entre les piles de livres aux pages jaunies et de fac-similé
d'éditions, souvent introuvables en France.
C'est entre ces murs, pendant l'occupation nazie en France, que des romanciers français réfugiés à New York venaient se faire éditer et surtout rêver d'une France libre. André Maurois, Jules
Romains, Antoine de Saint-Exupéry se sont assis dans le vieux fauteuil cabossé. Le père de l'actuel patron de la librairie, Isaas Molho, un juif grec de Salonique, les écoutait avec passion.
Débarqué dans les années 30 sur les quais de New York, Isaac Molho était un fou de littérature française. Les vieux New-Yorkais se souviennt qu"on surnommait alors "le Channel" le Rocfeller
Center qui était le rendez-vous de l'élite européenne. D'un côté, la Maison française, aujourd'hui magasin de fringues où seuls les curieux repèrent encore au-dessus de la porte la devise gravée
"iberté, égalité, fraternité". De l'autre, la Maison anglaise, disparue aussi. Pour ses écrivains en exil, Isaac créa les éditions de la Maison française. Mais qui s'en souvient ? " J'ai écrit à
Christine Albanel, la ministre de la Culture. Pas un mot de réponse, regrette Emmanuel Molho. Le loyer de mon bail sera triplé en 2009, c'est foutu. Mais ce n'est pas de l'argent que je demande
au gouvernement, juste un signe. A quoi bon les fêtes de la francophonie, si on laisse couler en silence la dernière librairie française des Etats Unis ?
par alexandre 22
« Je te demande de faire
une pause dans notre relation » lui avait-il dit…C’était certes mieux formulé que « : je te plaque », mais signifiait la même
chose. A vrai dire la décision de son amoureux confortait les doutes qui envahissaient parfois son esprit et qu’elle s’était efforcée d’éloigner. Il s’était montré distant les derniers temps et
puis une vague rumeur de plus en plus insistante susurrait qu’il rencontrait de temps en temps une blondasse. Sous différents prétextes il remettait toujours à plus tard la date à laquelle leurs
adresses respectives devaient se confondre .Bien sûr avoir des soupçons est une chose mais lorsque l’événement que l’on redoute vous arrive en pleine figure cela fait un mal de chien. On se
remémore les instants merveilleux passés ensemble, tous ces beaux projets échafaudés au fil du temps qui d’un coup s’évanouissent dans le néant crépusculaire des rêves
enfouis.
Pourtant, bien que triste à en mourir,
Véronique avait tenté de faire face à la situation et pris de bonnes résolutions. Il n’était pas question de s’enfermer dans son studio à pleurer et à repasser en boucle les Bridget Jones dont
elle avait les DVD. Elle décida donc ce jour là de sortir avec une copine. Au programme, une soirée ciné pour commencer. Le film était très joli et il y avait beaucoup de soleil en toile de fond
ce qui lui mit du baume au cœur. Et pour terminer dîner au restaurant.. Elle choisit un endroit qu’elle ne connaissait pas et où le risque de rencontrer quelqu’un au courant de son infortune
était négligeable. Elle jeta son dévolu sur une salade composée pour faire léger et une coupe de champagne pour oublier l’homme qui lui avait brisé le cœur.
Mais en cette fin de soirée, le destin avait
décidé de lui faire un clin d’œil. Elle devisait avec son amie quand à sa grande stupeur elle avisa un « élément étranger » dans son assiette. Une petite grenouille fort vivace qui
sautillait joyeusement. Elle la saisit, la déposa sur son poignet sous l’œil éberlué des convives les plus proches. Apeuré, l’animal se tenait coi. .Et Véronique, avec un flegme que lui auraient
envié les Britanniques les plus pince-sans-rire qui soient, déclama à la cantonade : il y a une grenouille dans mon assiette. Le serveur se précipita, balbutia des excuses, déclara que
naturellement on lui ferait grâce de son écot et fit le geste de s’emparer de l’intrus pour l’éjecter. Mais la jeune fille se rappela opportunément qu’elle avait jadis fait partie d’une
association de défense des animaux jusqu’à ce que son responsable disparaisse avec la caisse. Elle se leva, ouvrit la porte et relâcha l’animal sous la pluie bienfaisante qui arrosait la cité ce
soir là.
Mais revenue à sa place, elle se rappela
qu’elle avait oublié d’embrasser le batracien. Qui sait ? Peut être se serait-il métamorphosé en prince … Bien sûr on ne voit cela que dans les contes de fées ..Mais il n’est pas
interdit de penser que cela aurait pu se faire d’une manière plus rationnelle, qu’il serait apparu dans l’encadrement de la porte par exemple Je ne le saurai jamais dit-elle pensive à son
amie qui, moins romantique se contenta de pouffer de rire.
Revenue à son domicile peu avant que le
premier coup de minuit ne sonnât , elle ouvrit sa boîte à lettres électronique. Déception : aucun message, sauf celui d’un abruti qui fâché à la fois avec son épouse ,l’orthographe et la
grammaire lui proposait de passer une nuit de rêve en sa compagnie dans un hôtel bon marché. Elle effaça l’élégante proposition du frustré puis, saisie d’une impulsion subite rechercha sur Google
la symbolique de la grenouille. Ce qu’elle y lut la réconforta. En effet, il y était dit que ledit animal était annonciateur de vie et de renaissance…Elle esquissa un sourire , se coucha et
s’endormit paisiblement.
par alexandre 22
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